"Cela aurait pu être plus!": le gouvernement va ponctionner 2,1 milliards d'euros dans les caisses de l’assurance-chômage, ce qui l'empêche de se désendetter

06/10/2026

Le gouvernement confirme son intention de ponctionner 2,1 milliards d’euros sur l’Unédic en 2027. Jean-Pierre Farandou veut aussi remettre à plat les allègements de cotisations patronales, après avoir déjà réduit ces aides de 8 milliards d’euros dans le budget.

Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a confirmé sa volonté de "prélever 2,1 milliards d'euros" à l'Unedic cette année encore, dans une interview ce matin sur LCI. "Cela aurait pu être plus !", a même renchéri le ministre, avant de s'expliquer: "Nous avons eu une discussion franche avec Bercy, comme on dit dans le langage diplomatique, et je leur ai dit: il faut que l’Unédic soit à l’équilibre. Le régime prévoit un excédent de 2,1 milliards d'euros en 2027. Nous prélèverons donc cet excédent, mais l’Unédic sera à l’équilibre l’an prochain et c’était un point essentiel pour moi."

Le gouvernement considère que les économies réalisées par l'assurance-chômage peuvent contribuer au redressement des finances publiques; l'Unédic estime au contraire que ses excédents doivent servir à rembourser sa propre dette.

Une mesure qui fait grincer des dents côté Unedic. Dans une tribune parue dans le journal Le Monde la semaine dernière, les responsables de l'assurance-chômage estiment que "cette décision unilatérale concourt à entretenir une dette élevée pour le régime et à paralyser son désendettement. Une part croissante des ressources de l’assurance-chômage risque donc d’être absorbée par le financement de sa dette plutôt que consacrée à son rôle de sécurisation". Une décision qui aura de "lourdes conséquences", ont alerté le président et le vice-président de l'Unedic.

Ce n'est pas la première fois que l'État vient puiser dans les comptes de l'assurance-chômage. Depuis 2023, près de 8 milliards d'euros ont déjà été prélevés sur les recettes de l'Unédic. Sans ces ponctions, le régime aurait été excédentaire de 3,5 milliards en 2023, 2,5 milliards en 2024 et 3,3 milliards en 2025, des sommes qui auraient notamment pu servir à réduire sa dette.

L’Unédic n’est pourtant pas assise sur une montagne de cash. L’assurance-chômage devrait terminer 2026 avec 61,5 milliards d’euros de dette. L’excédent de 2,1 milliards qu’elle espérait dégager en 2027 devait justement lui permettre de commencer à se désendetter. En récupérant l’essentiel de cet excédent, l’État laisse donc le régime quasiment à l’équilibre mais l’empêche de réduire sa dette.

8 milliards d'euros sur les allègements de cotisations patronales

Le ministre du Travail est aussi revenu sur les allègements de cotisations patronales. "Tôt ou tard, il faudra mettre à plat ces allègements généraux", a-t-il martelé. Jean-Pierre Farandou appelle le patron du Medef à ouvrir cette discussion sur les allègements de charges, qui consiste à diminuer le coût du travail pour les salaires autour du Smic. "C'est un gros défaut puisqu'il s'agit d'une trappe à bas salaire. Les patrons hésitent à augmenter les salariés car cela leur coûte très cher de le faire", a insisté Jean-Pierre Farandou.

Dans le budget du gouvernement présenté la semaine dernière, l'exécutif a déjà raboté ces allègements de cotisations patronales de plus de 8 milliards d'euros. Et ce, en intégrant l'intéressement et la participation dans leur calcul du salaire, ce qui rapporterait environ 3,7 milliards d'euros, et en gelant les allègements sur les bas salaires malgré l'évolution du Smic, pour 5,4 milliards supplémentaires.

Pour rappel, le coût des allègements généraux de cotisations patronales est ainsi passé d’environ 50 milliards d’euros en 2020 à plus de 80 milliards aujourd’hui. Une hausse de plus de 30 milliards en six ans.

Ces taxes et prélèvements sur les entreprises ont été évalués à hauteur de 20 milliards d'euros en tout dans le prochain budget 2027, selon le Medef. "Cibler tous ces secteurs aura des conséquences pour l’ensemble de l’économie. Ces taxes vont immanquablement réduire les capacités d’investissement et affaiblir la compétitivité des entreprises concernées", s'est agacé l'organisation patronale. Le gel des allègements est qualifié de "menace directe sur l'emploi".

Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche, le ministre de l'Économie Roland Lescure indique quant à lui que "l'effort demandé aux entreprises" dans le projet de budget pour 2027 "est de l'ordre de 10 milliards d'euros".

Source : bfmtv.com