"Les nouveaux médicaments sont beaucoup moins produits en France qu'avant": le directeur général de Sanofi appelle à "réagir pour redevenir une puissance" de l'industrie pharmaceutique

29/06/2026

Charles Wolf alerte sur le déclin de la production pharmaceutique en France face aux États-Unis, à la Chine et à l’Allemagne, et réclame une stratégie industrielle de long terme pour restaurer l’attractivité du pays.

"La France et l'Europe doivent réagir pour redevenir une puissance du médicament", estime Charles Wolf, le directeur général de Sanofi, dans La Tribune Dimanche. "Les nouveaux médicaments sont beaucoup moins produits en France qu'avant, et beaucoup moins qu'en Allemagne", a-t-il ajouté, en observant que parmi les produits validés par l'Europe "il n'y en a plus que 9% qui sont produits en France, contre 24% en Allemagne".

En cause, selon lui: "une lente érosion de l'attractivité française. Et surtout une politique du médicament trop tactique, fondée sur des achats annuels, alors que notre industrie est une industrie du temps long". Le directeur général du géant pharmaceutique français insiste également sur la vigueur de la concurrence internationale.

"Les États-Unis siphonnent les investissements avec leur politique industrielle et sanitaire: ils ont attiré 400 milliards d'euros d'investissements l'an dernier. La Chine, elle, a une stratégie de très long terme, appuyée sur la taille de son marché intérieur", a-t-il noté.

L'an passé, Sanofi avait répondu aux pressions de Donald Trump, en faisant part de son intention d'investir "au moins 20 milliards de dollars" aux États-Unis, au grand dam du gouvernement. Éric Lombard, alors ministre de l'Économie, avait dénoncé un "mauvais signal".

Charles Wolf demande en France une "stratégie pluriannuelle des produits de santé", pour "sortir d'une politique uniquement budgétaire et annuelle". "Il faut donner de la visibilité, recréer des conditions d'accès au marché plus attractives, sur les délais comme sur les prix, et mieux prendre en compte l'innovation mais aussi la présence sur les territoires: R&D, emplois, sites de production", a-t-il estimé.

Un groupe en perte de vitesse

Ces dernières années, Sanofi a subi plusieurs déconvenues qui ont poussé son PDG Paul Hudson vers la sortie en février. À la traîne pour le vaccin contre le Covid-19, le groupe a beaucoup misé sur un anti-inflammatoire, le Dupixent, notamment utilisé dans des maladies de peau, des sinus, et de l’œsophage notamment. Cela lui a permis de réaliser l'an passé plus de 15 milliards d'euros de ventes, mais ce seul médicament pèse pour un tiers de son chiffre d'affaires. Or, les investisseurs s'interrogent sur la suite, alors que ce médicament commencera à tomber dans le domaine public en 2031.

En outre, Sanofi a essuyé plusieurs revers l'an passé. Un produit contre la sclérose en plaques a subi un double revers en décembre avec l'échec d'un essai clinique avancé dans la forme principale de cette maladie auto-immune et un refus de l’agence américaine du médicament d’approuver le traitement pour une autre forme de la maladie.

Plus tôt, en septembre, le cours de Bourse de Sanofi avait lourdement chuté après les résultats décevants de son traitement contre la dermatite atopique. En mai, l'action avait pâti de l'échec d'une étude clinique dans la dernière étape avant la commercialisation d'un traitement potentiel contre la bronchite du fumeur. Lors du départ de Paul Hudson, les syndicats de l'entreprise appelaient à une refonte de la recherche et développement.

Source : bfmtv.com