« Notre industrie est arrivée à un plateau » : pourquoi autant d’ouvertures que de fermetures d’usines en France en 2025

13/03/2026

Presque autant de fermetures, 244, que d’ouvertures, 245, d’usines en 2025. L’observatoire de l’industrie de Bpifrance met en avant une France qui adapte son industrie aux nouvelles donnes technologiques et géopolitiques.

Il s’en est fallu de peu. Selon l’observatoire de l’industrie de Bpifrance, paru le 11 mars 2026 pour l’année 2025, la France a enregistré 245 ouvertures de sites industriels pour 244 fermetures, soit un solde juste positif de + 1.

Derrière ce bilan, vient se nicher une vraie photographie de l’industrialisation de la France. Ce n’est pas de nouveau le toboggan de la désindustrialisation, a avancé Nicolas Dufourcq, directeur général de la Banque publique d’investissement, comme certains veulent le dire. Nous sommes davantage arrivés à un plateau et derrière cette stabilité se cache un renouvellement assez profond de l’industrie française. C’est une industrialisation qui fait face aux nouveaux défis et la nouvelle vague de produits chinois.

Ce sont les entreprises avec de nombreux salariés qui ont souffert. Ainsi, les grands groupes comptent plus de 59 fermetures contre 42 ouvertures. Idem pour les ETI et PME, avec 151 fermetures et 128 ouvertures.

"Les sites qui ferment défraient la chronique à chaque fois, ce sont surtout des industries conventionnelles comme la plasturgie non verte, la métallurgie, la chimie non verte, ceux qui n’arrivent pas à se transformer, et puis les biens de consommation et d’équipement," commente le directeur général de Bpifrance.
Les ouvertures, quant à elles, se situent dans les secteurs portés par le plan France 2030 : les industries vertes, l’énergie, l’industrie 4.0 et l’électronique, la santé. "Vous avez deux secteurs en transformation mais qui ne créent pas véritablement de nouvelles usines : c’est la mobilité - transport et l’agroalimentaire."

Un plan start-up industriel à la chinoise

Seules les start-up tirent leurs épingles du jeu Elles demeurent nettement créatrices avec 2,2 fois plus d’ouvertures (75), que de fermetures (34). Avec à chaque fois une moyenne de 50 emplois par usine pour les start-up. Les PME en comptent 69, et 124 pour les grands groupes.

Face à ce bon résultat, Bpifrance met en avant son plan de développement de start-up industrielles lancé en 2022. "Nous avons fait comme les Chinois. Aller chercher les inventions dans les laboratoires pour qu’elles deviennent des start-up, puis des usines pour celles qui sont industrielles. C’est ni plus ni moins une politique industrielle à la chinoise. Mais nous n’avons pas les mêmes moyens financiers qu’eux."

Même si les 54 milliards d’euros du programme France 2030 ont irrigué ces jeunes pousses et que Nicolas Dufourcq appelle à déjà penser à France 2040 pour "garder le plateau et ne pas repartir dans le toboggan."

Le plan start-up industrielles prévoyait 100 nouveaux sites industriels issus de ces jeunes entreprises innovantes, la France en compte près de 300.

Passer la « Vallée de la mort »

Six usines sur 10 ouvertes sont des greentechs : dans la mobilité durable, la construction durable, l’industrie verte, la transition environnementale… 40 % de ces usines sont des deeptechs, avec une innovation de rupture. Certaines étant à la jonction des deux.

À chaque fois, ces usines suivent une progression : la période d’industrialisation, en particulier sur des nouvelles usines avec des nouveaux procédés. Puis l’accélération avec en moyenne des projets de plus de 4 000 m² de foncier et un investissement autour de 14 000 millions d’euros.
Et ensuite "Bpifrance peut venir avec le fonds SPI, Société de Projet Industriel, qui met des tickets de 20 ou 50 millions, parfois plus encore."

Des micro-étapes qu’il faut franchir et qui peuvent prendre plus d’une poignée d’années, durant lesquelles le financement peut manquer. "Il peut y avoir tout à coup une « vallée de la mort » où l’entrepreneur se trouve à la croisée de l’innovation, de l’industrialisation et des besoins financiers entre argent public et privé. Et par chance, s’il réussit à franchir ce point, on peut alors continuer à l’accompagner pour aller plus loin."

Source : ouest-france.fr