La direction de l'entreprise Arc France, 3 000 salariés, demande son placement en redressement judiciaire. Un repreneur est recherché et un projet pourrait être déposé, assure le groupe. De nouvelles suppressions de postes sont à prévoir, alors que le fabricant français de produits en verre pour les arts de la table est en grande difficulté depuis plusieurs années.
Une catastrophe, un séisme. L’annonce, révélée ce mercredi 7 janvier 2026 par nos confrères de la Voix du Nord, a l’effet d’une bombe dans l’Audomarois. L’entreprise Arc France, verrerie créée il y a 200 ans dans la commune d’Arques dans le Pas-de-Calais, a demandé son placement en redressement judiciaire. 3 000 personnes y travaillent actuellement.
Dans un communiqué, la direction explique ce choix motivé par la "dégradation sévère et continue des conditions de marché tout au long de l’année 2025" qui a "fortement pesé sur les résultats de l’entreprise et sur la trajectoire prévue". La demande pour les produits des arts de la table a enregistré un repli de 15 à 20% l’année dernière.
Un comité social et économique extraordinaire (CSE) a été organisé ce mercredi 7 janvier 2026 pour informer les représentants du personnel. Le tribunal de commerce de Lille doit statuer ce jour sur cette demande de placement en redressement judiciaire.
"On savait qu'on était au bord du gouffre"
À la sortie du CSE extraordinaire, les délégués syndicaux ne sont pas surpris. "On s'y attendait depuis plusieurs mois, résume Patrice Bollengier, membre du CSE. On sait depuis le mois d'avril que le marché ne redémarre pas. Nous sommes en surcapacité, en excès d'effectif en vue de ce qu'on produit aujourd'hui". Avant d'ajouter : "on savait qu'on était au bord du gouffre".
"Est-ce qu'on va être payés ? La réponse est oui. Les salaires vont être versés au moins jusqu'au mois de mars."
Corinne Guenez, déléguée syndicale centrale CFE CGC
Les salaires vont toutefois être payés "au moins jusqu'à mars". Trois mois de négociations vont débuter, et il y "aura de la casse sociale, c'est certain", ajoute Corinne Guenez, déléguée syndicale centrale CFE CGC.
Mais outre le paiement des salaires, les syndicats craignent un impact sur le fonctionnement de l'entreprise ces prochaines semaines. "Est-ce que demain, nos fournisseurs seront toujours aves nous ? Est-ce qu'on va encore pouvoir commander des pièces ? Est-ce qu'on va pouvoir dépanner nos machines ?", s'interroge Patrice Bollengier.
Quelles conséquences ?
Cette demande de placement en redressement judiciaire a pour objectif de maintenir l’activité et de donner une chance de survie à l’entreprise bicentenaire en trouvant un repreneur. La direction indique qu’une offre "solide" de reprise va être présentée par Timothée Durand, membre de la famille fondatrice de la verrerie. Une rencontre est prévue avec les membres du CSE ce mercredi 7 janvier 2026 dans l'après-midi.
"Notre modèle doit encore se transformer en profondeur pour répondre à cet environnement de marché qui s’installe dans la durée, en revoyant notre schéma industriel et donc en réduisant nos effectifs."
Nick Hodler, directeur général Arc France
Un projet "financé, responsable, réaliste et (qui) tient compte de la situation du marché et des challenges d’Arc", assure Nick Hodler, directeur général d’Arc France. Un projet qui doit toutefois être retenu par le tribunal et qui impliquera des "décisions difficiles", admet le directeur, dont des suppressions de postes inéluctables. Selon nos informations, plusieurs centaines d'emplois pourraient être supprimés si le tribunal de commerce valide cette offre.
12 000 salariés en 2004
Créée il y a 200 ans à Arques, la Verrerie Cristallerie se développe rapidement et crée ses premières marques de vaisselle en verre comme Luminarc. Dans les années 2000, l’entreprise devient Arc International et se développe bien au-delà des frontières françaises, avec la création d’une unité de production en Chine ou l’acquisition d’une usine aux Émirats arabes unis.
Dans le même temps, les premières turbulences apparaissent. En 2004, le géant verrier emploie jusqu’à 12 000 salariés. Ils ne sont plus que 4 000 aujourd’hui, après plusieurs plans de restructuration et de départs volontaires. En 2015, l’entreprise familiale est reprise par PHP, un fonds d’investissement américain. Face aux difficultés qui s’accumulent, l’Etat verse entre 2019 et 2025 plus de 170 millions d’euros pour sauver la verrerie.
"L'Etat sera attentif aux conséquences humaines et sociales" de cette nouvelle procédure pour Arc, "dans la continuité du soutien apporté par l'Etat à ce groupe depuis plusieurs années", a réagi le ministre délégué à l'Industrie Sébastien Martin.
Source : france3-regions.franceinfo.fr

