La CFE-CGC n’est pas à vendre. Aucun parti politique, aucune entreprise, aucun dirigeant, aucun leader d’opinion, personne n’est assez riche ou puissant pour payer le prix de notre liberté.
Liberté de penser, liberté de juger, liberté de choisir, liberté d’agir.
Depuis plus de 80 ans que notre organisation existe, au plus fort des batailles que nous avons menées pour imposer notre représentativité, au creux des vagues qu’il nous a fallu affronter, la CFE-CGC n’a jamais dévié : libre et indépendante de toute idéologie, la CFE-CGC existe et se développe pour ses valeurs et son engagement auprès de la société tout entière.
La liberté est une conquête qui se mène avec obstination et vigilance. Chaque mètre gagné le jour peut être perdu la nuit, quand la lumière manque à éclairer les intentions opportunes. Car ils sont nombreux, ceux qui veulent mettre la CFE-CGC dans leur gros sac plein de promesses aussi rutilantes que factices.
Profitant d’un malentendu, s’insinuant dans une faille, les dirigeants politiques en quête d’électeurs veulent nous instrumentaliser. Certains nous méprisent, souhaitant notre reddition, d’autres nous flattent, nous pensant crédules. La plupart veulent nous apprivoiser pour mieux nous asservir à leurs desseins, nous mettre au service du destin qu’ils s’imaginent pour eux-mêmes. C’est ainsi, et la CFE-CGC n’est pas la seule organisation soumise à cette traque permanente de la récupération par le monde politique, par le pouvoir réel, le pouvoir économique.
C’est peu de dire que nous vivons des temps désespérants. Les mots sont falsifiés et leur sens détourné. On nous vend le progrès comme la somme de nos renoncements. On nous promet la richesse pour tous au prix de l’appauvrissement de chacun. Mais c’est dans cet univers nébuleux et anxiogène que l’on attend la CFE-CGC, prête à s’engager et à proposer des voies de passage. Les citoyens de ce pays nous font confiance, essayons de ne pas les décevoir.
Pour toutes ces raisons, il faut redoubler de prudence et tenir à bonne distance le personnel politique, avide d’être sur la photo à côté de nous, aux fins d’achalander sa petite boutique. Il est interdit, définitivement, de prendre parti pour telle ou tel, prétendant qu’à ce moment, il serait plus proche que les autres de nos propositions, apte et résolu à céder à nos revendications. Chacun, comme moi, est libre de juger de leur sincérité. Ou d’en douter, comme moi. Une seule règle s’impose à nous tous : les politiques peuvent nous suivre, mais en queue de cortège.
Les manifestations organisées le samedi 31 janvier 2026, à l’initiative de nos syndicats représentatifs dans la fonction publique du ministère de l’Intérieur, les photos qui ont été prises à cette occasion sur le défilé parisien, puis les commentaires sur les réseaux sociaux ont déclenché dans notre organisation, une émotion que je ne peux laisser se diffuser sans réagir et appeler chacun à sa responsabilité au nom de tous.
Ici, je veux redire avec force combien la CFE-CGC est engagée à défendre celles et ceux qui ont choisi d’assurer notre sécurité de citoyens au péril de leur vie parfois, au risque de leur santé trop souvent et au prix d’une précarité sociale intolérable quasiment toujours. Les revendications que nous portons avec nos syndicats sur le terrain sont légitimes, et les évolutions que nous attendons sont plus que nécessaires. Elles sont vitales pour des milliers de personnes à bout de fatigue, instruments d’un pouvoir qui les ignore pour mieux les abandonner.
Mais l’ayant rappelé, il faut que chacun accepte l’incompréhension, voire l’inquiétude et l’incrédulité ressenties par beaucoup à la vue de politiques soutenant opportunément notre banderole. Si cette image a choqué, c’est parce qu’elle est choquante. Et par le respect que l’on se doit les uns aux autres, il faut accepter la sincérité des réactions. Celles de ceux qui craignent l’érosion de notre indépendance politique, mais aussi celles de ceux qui pensent qu’elle n’est pas menacée et sont choqués des commentaires que cet évènement a provoqué. Je suis le Président de toutes et tous, je propose à chacun de conserver pour lui, ses émotions et ses commentaires, acceptant l’idée qu’ayant rappelé les principes, il faut, tous ensemble, travailler à l’unité de notre organisation.
Dans quatre mois, je cesserai d’être le Président de la CFE-CGC. Je le suis depuis dix ans. Au coeur de mon engagement, j’ai mis la lutte pour la liberté et la force. La liberté de nos opinions et la force de les défendre. Je me bats contre l’exclusion sous toutes ses formes. Celle qui fermente au coeur d’une société inégalitaire, mais aussi celle qui surgit au milieu d’une querelle comme seul substitut au dialogue. Et sur ce point, j’aurais aimé que mon organisation, unanime, soutienne mon engagement.
En dix années passées à la tête de la Confédération j’aurai connu des crises, des moments de tension, des malentendus et des fâcheries. J’aurai tout vu de ce qui fait l’ordinaire d’une famille turbulente, mais y compris et surtout, au plus fort de nos rassemblements, l’unité dans la victoire. La fierté de voir notre CFE-CGC s’imposer dans le panorama syndical comme une force agissante incontournable.
Je veux que le congrès de Strasbourg soit une démonstration de force et d’unité et j’appelle chacun à se ranger derrière cette consigne.
Avec mes plus sincères amitiés syndicales.
François HOMMERIL
Président de la CFE-CGC